mardi 11 décembre 2007

môman

ma sainte mère est quelqu'un d'assez étonnant

j'ai décidé l'autre jour de me pencher sur son cas (avec son humble accord)



Madame est une expatriée. Elle est venue de la Lune (seule explication plausible pour expliquer l'existant) pour se marier sur Terre avec un Grand Barbu Blond qui s'est empressé de l'emmener manger des wienerschnitzerln pour lui souhaiter la bienvenue.

Madame est une adepte du recyclage, c'est à dire qu'elle affectionne récupérer sur les trottoirs ce que d'autres ont jugé bon de bazarder.
Nous avons récupéré comme ça des tables, des lits, des vélos, que sais-je encore.



Mettons nous en situation.



Il y a quelques années Madame s'en va à la messe. Elle croise sur le trottoir des malles en plastiques (qui ont depuis changé 3 ou 4 fois d'adresse). Ces malles sont propres, en bon état, et "sûrement que dans les 15 prochaines années ça pourrait servir", qu'elle se dit.



"Allez viens', qu'elle dit au Grand Blond Blasé, "on les volera après la messe"

vendredi 7 décembre 2007

Perséf' : 3ème round

Jour 3 Méditation hivernale


L'étrange effet du froid sur les silhouettes! et sur le fonctionnement presque accéléré de nos cervelles comme enhardies à l'action – et pour P. qui n'a pas dormi beaucoup cela signifie plus de rigueur, plus d'austérité, plus d'application dans la réalisation de son travail. Et si! sans doute, le froid avive l'intelligence de ceux que les travaux de brutes du déchiffrement de l'ancien français rebutent à ces heures matinales.

P. s'abandonne à de poétiques rêveries en descendant le nez au vent gelé la rue de Belleville. Il lui semble que la grève et ses multiples effets pervers sur l'achalandage des bornes à Vélib' se sont réduits à une faille dans l'entendement qu'elle a de son Créateur. Elle s'élance fervente et court entre les poubelles retournées. Tout est simple puisqu'elle dort dans son gilet fourré.

Laissons nos âmes frustes s'élever quelques lignes sur les ailes délicates de la poésie lyrique, et prendre au gré des rues, des pavés et des squares le rythme presque intime de la marche dans Paris, cet étagement superbe des piétinements de la foule déshabituée du sport, du pas nerveux et vif des quelques hommes d'affaires qui se pressent au travail, de l'avancée conquérante et précipitée de notre narratrice, pour l'instant endormie, mais décidée quelque part au fond de sa cervelle meutrie à vaincre la distance. Cette harmonie c'est la grève, ce pas rythmé c'est Paris qui se soulève. (Excusez-moi, je crois que je plagie Michelet)

Déjà un peu héberluée des conséquences de la vinasse et du coucher tardif P. pâtit un peu plus de la surpopulation des avenues.
On dirait que la moitié des Français ont réappris à faire fonctionner leur corps. Qu'ils s'y prennent avec la maladresse touchante et insupportable des malades qui reprennent l'habitude de parler après un grave accident.
P. s'abandonne à la contemplation morose de son Paris, non pas celui des marcheurs, mais celui des immeubles qui, par un hasard insigne, ne sont pas haussmaniens dans ces régions nordiques, mais gagnent au soleil de novembre un lustre minéral qui lui rappellent Braudel (si si) et les cours de sixième sur le quartz et les pierres qui brillent.

Emboutissant par-ci, emboutissant par-là, elle se souvient d'une nuit, passée en compagnie sur les Champs-Elysées, et absolument ratée: comment rentrer alors, à près de deux heures et quand le quartier reste, hormis dans ses axes les plus fameux, inconnu et hostile?
Conclusion de la blonde: allons en bus.
Conclusion de la brune: allons en Vélib'.
Conclusion vérifiée: puisqu'il n'y a ni l'un ni l'autre, allons à pied.

Les arrondissements de l'Ouest sont vides et mornes et déprimants. Mais autour de la rue Montaigne, Rue de la Mode – et non rue à la mode! - les arbres dessinent sur les façades blanchies à la lumière de la lune des formes étirées qui évoquent très franchement les décors métalliques de nos féeries de Noël, dans les classes élémentaires de Marmande. P. sent toujours se retendre en elle quelque ressort mystérieux de son humeur quand elle aborde les quartiers bourgeois. Et l'enthousiasme des deux autres jeunes filles de l'aventure ne nuit pas au climat de conte – dans les façades glacées, dissimulées parfois par de gros sapins verts que leurs propriétaires l'âme artiste ont égayé de boules de verre et d'objets en acier, reluisent des particules de mica. Ou bien ce n'est pas du mica. Comment savoir, tout le monde n'est pas scientifique. En tout cas seuls les quartiers bourgeois savent reluire ainsi la nuit. Cette constatation stupide lui arrache quelques larmes.

Revenue rue de Belleville de sa rêverie diurne P. songe qu'elle doit se hâter. Il lui apparaît aussi que pour la cohérence de sa narration elle a tout intérêt à arriver bientôt aux péripéties de la soirée, portées par le souffle pathétique de la Grève et du Peuple. Evidemment à l'heure de courir vers l'ancien français elle n'imagine pas encore les complications à venir, mais nous, qui bénéficions à sa place du recul commode du temps, y pourvoirons pour le lecteur.

P. qui se targue d'avoir une vie sociale compliquée sait d'avance qu'en restant rue d'Ulm jusqu'à des heures avancées elle n'a aucune, mais aucune chance d'avoir un moyen de transport décent qui la ramène à ses logis; mais elle préfère risquer sa vie sur une ferraille déboulonnée que mourir d'ennui tout l'après-midi en feuilletant des revues dans sa chambre: à vingt-deux heures, silhouette massive dans son manteau de bourgeoise qui lui fait paraître cent kilos, elle descend de l'Annexe et entame vers le Panthéon un périple de six minutes qui lui laisse dans la bouche un premier goût d'aventure.

Dans cette histoire nous devons reconnaître que P., en général, imagine un peu sa vie et toutes les péripéties qui l'emplissent – j'entends par là qu'elle-même se crée des complications, à la recherche, d'abord, du fameux frisson d'angoisse qui lui parcourt immanquablement l'échine au moment de les subir, ensuite, du plaisir un peu vain de les raconter dans les interminables dîners qui rythment son existence désoeuvrée. Et de les raconter aussi dans ces pages (imaginez un peu qu'elle se fourre dans ces situations pour vous servir de la chronique!).

J'en viens au fait: P. dans la rue, alors que pour l'instant rien de bien grave n'est arrivé, qu'aucun poivrot n'a cherché à la molester, et qu'elle n'a pas même la certitude positive qu'elle ne va pas, ne peut pas trouver un Vélib' dans les six minutes qui arrivent, se suprend déjà à parler toute seule. C'est sa manière d'exorciser la folie et le meurtre.
Lorsque par hasard elle trouve une borne, elle lui parle. Elle parle au vélo qu'elle pourrait choisir (mais qui n'a pas de pneus). Elle parle au petit clavier dont les touches déglinguées s'enfoncent sous ses doigts hésitants. Elle parle à son abonnement, à sa main droite, et parfois aux passants quand par malheur son enthousiasme de solitaire refoidie la fait se détourner des choses inanimées vers le grand monde des hommes. Alors une confusion grotesque s'empare de son visage. Mais déjà le passant est loin.

Comme d'ordinaire les quatre premières bornes du chemin sont hors d'usage. Il faut croire qu'au loin d'y glisser avec toutes les précautions de l'amour une carte bleue dans la fente noire les précédents ont tenté d'y forcer un tronc ou la lame hérissée d'une tronçonneuse en action: la borne si par hasard on propose de lui donner de l'argent entame une longue série de piaillements spectaculaires et odieux.

Toujours raidie, toujours parlant toute seule dans ses fourrures et son col en lapin, P. déambule. La voilà face à la Bâtisse Auguste, la Sorbonne tant décriée où à cette heure dorment les milliers d'ouvrages qui alimenteront demain la soif de savoir des enfants, les amphithéâtres et leurs fresques dont les teintes rousseâtres sommeillent à la lueur des veilleuses, les quelques gardiens attardés qui lentement tournent et retournent dans ce temple de la science qui n'enseigne plus rien et entraîne dans ces profondeurs d'ennui toute une génération désireuse pourtant du Progrès.

Bon Dieu, n'est-ce-pas une station pleine ici? Carte. Doigts agiles et comportement sûr: P. décroche son vélo (dans sa hâte elle se tait), y fixe avec lestesse son sac tatoué de chats aux moustaches expressives et se hisse dans dans sa grande lourdeur sur la bécane usée par la course.

Pédalons.

Par extraordinaire aucun des pneus n'a enfilé de bout de verre: péniblement, en soufflant fort, notre héroïne remonte vers le Boulevard. Le Vélib' n'est pas l'engin adéquat des grandes équipées juvéniles au travers d'un Paris désert; quand bien même il serait en état celui-ci pèse toujours vingt kilos et son guidon tourne et vire sur sa tige; mais engagée sans plus aucun souci du monde dans les voies à bus et taxi des dernières rues de la rive gauche P. sent, comme l'on dit chez Marie de France, « le corage li monter en haut », son coeur s'égayer dans la nuit.

Je n'ai pas encore disserté sur les dangers de ces trajets dans le noir. Tous nos compatriotes qui cet hiver de grève se sont essayés au vélo n'ont pas pris tout le temps d'apprendre le code de la route. Je parle de P. en l'occurrence.
Je parle de P. qui distingue rarement les routes à contresens de celles qui s'offrent à ses roues, les vrais trottoirs des terre-pleins minuscules, et les avenues des rues sans risques.
Je parle de P. dont les mains exposées au vent se crispent chaque seconde un peu plus autour des poignées de caoutchouc, et qui, par conséquent, actionne sans le vouloir les freins à chaque frisson le long de ses bras. ( > risque de se casser la binette). A tous les stops, à tous les feux, elle souffle sur ses mains glacées et tente de redisposer harmonieusement autour de sa face les quelques mèches de sa chevelure qui ne sont pas figées encore en stalactites, pour impressionner (peut-être) les cyclistes qui attendent aussi le passage, et sont jeunes, mâles et avenants.

Avenue de la République, voyant qu'elle ne pourra plus rouler car elle n'a plus la force d'actionner les pédales elle se jette en travers en tenant son vélo, non pas sur l'épaule, mais cahin-caha par où elle peut, à moitié entre les orteils; elle traverse. De l'autre côté elle est chez elle.

Reste la montée.

La montée qui autrefois épouvantait les ouvriers de Belleville employés aux manufactures des dixième et onzième, et pour lesquels la Ville a fait installer un tramway, puis le métro, qui court encore sous les rues selon son trajet d'autrefois. La montée - que ce soir P. va franchir toute seule sur son petit Vélib' en miettes.

Rue de la Fontaine au Roi elle ahanne, appuie, gigote et appuie de nouveau, talonnée par les taxis et les enfants de six ans qui debouts sur leurs grandes pattes vont plus vite qu'elle sur sa machine. C'est la victoire de la volonté sur la chair qui se joue à cette heure. Si elle n'avale pas cette côte c'est tout un projet de vie bâti sur la prouesse et la sublimation de soi qui s'effondre à ses pieds. Zut, encore un feu. Pourquoi mettre tous ces feux la nuit? Qui donc a besoin de s'arrêter?

Dans un ultime effort arraché à son corps brisé elle croise le Boulevard de Belleville jonché encore des détritus de la journée et des débris du marché du matin, où se promènent les chats et leurs longues babines noires: engagée dans une voie de cycliste elle fait semblant de pouvoir aller vite, repère une borne – euh, pleine – accélère un petit peu – ue autre borne! Une autre par pitié, que ce supplice s'achève! – la voici – descend, s'appuie à la selle pour ne pas défaillir, raccroche la bête à son plot mérité et s'en va vers le Nord sur ses jambes qui cahotent, raides comme le Casse-Noisettes du conte – le froid, la fatigue et l'orgueil.
J'ai trouvé un Vélib'!

(novembre 2007)

mardi 4 décembre 2007

qu'est-ce qu'on fait avec les ordures ? on peut les incinérer

avec plein de camions



je m'en vais ramasser les poubelles de mes concitoyens.

Malheureusement je suis dans une ville où on ne trie pas encore, alors ça fait pas mal de saloperies.

Avec mon camion-super-et-tout j'amène ma précieuse récolte au centre d'incinération.
Je verse le tout dans une salle de stockage : 10 m sous le plafond + 6m de profondeur sous le niveau du sol.
Cette salle doit être remplie jusqu'au plafond à l'aide d'un grapin (3.5 tonnes) manipulé par un charmant môssieur dont la cabine se situe près du plafond, et où ça pue sa mère, grave.
Par contre la vue est imprenable.







Cette salle est remplie en ... 2 jours 1/2 (250 000 personnes affiliées)

Elle est également soumise à une constante dépression de manière à maîtriser tout départ de feu. Les fours sont également en dépression, de manière à ce que vous puissiez en ouvrir la porte sans rien craindre en matière de retour de flamme.


Une fois que la salle de stockage est remplie, on allume les brûleurs dans les fours pour arriver à 850 °C.
A partir de ce moment le grapin commence à remplir le four.






(ce four là est en maintenance, n'est ce pas)


Sur le sol vous voyez une espèce d'escalator : il avance très doucement au-dessus de brûleurs et d'injecteurs d'oxygène, ceci afin de maîtriser le feu.
Une fois que les déchets sont arrivés au bout du tapis roulant, leur incinération est censée être aboutie, et ils doivent être éteints, comme on le voit d'ailleurs sur cette superbe photo. (prise par la porte ouverte du four, avec les cheveux volants vers le feu)


Il ne reste plus que des cendres, des résidus calcinés etc.

Le tout refroidi, on récupère les éventuels liquides suintants.

Puis on en retire tout ce qui est métallique, on rebroie, et on fait un tas.



Ce tas que vous voyez est tout ce qui reste de une semaine d'ordures.
Il est laissé à l'air libre pour solidification, sur un sol imperméabilisé et drainé. Ensuite revendu à raison de 1€/t, on peut le réutiliser en technique routière, c'est à dire sous vos pneus, en tant que soutien sous l'asphalte.





L'incinération vient après l'enfouissement en matière de tonnes de déchets gérés.


1 tonne de déchets incinérés nécessite
20 kg de bicarbonate, 500 kg de coke, 1.3 kg d'eau ammoniacale pour le traitement des fumées
6 tonnes d'air
250 litres d'eau
85 kWh

et produit
560 kWh (90 % revendu à EDF à 45 €/mWh (moins que l'éolien) , 10 % réinjectés dans l'usine)
3 tonnes de vapeur
300 kg de résidus et cendres (dont 25 kg de métaux)
650 kilos de gaz rejetés après lavage et filtration





En France l'incinération avec valorisation énergétique (c'est à dire production de chaleur ou d'électricité) est considérée comme du "recyclage". Ce n'est pas le cas dans tous les pays européen (exemple : l'Autriche) dans lesquels on observe donc peut d'incinération.

Du coup, la solution consisterait-elle à rier de plus en plus, de manière à produire de moins en moins de déchets en mélange, qu'aucune filière de "recyclage matière" ne voudra reprendre ?

Pas si simple car en Europe on a choisit de limiter le plus possible l'enfouissement des déchets, en augmentant le coût de la tonne enfouit.
Quelle solution reste-t-il quand les déchets ne sont pas recyclables ? L'incinération.

Très bien. Mais donc nous envoyons à l'incinération des tonnages "épurés", "allégés" des papiers (recyclés), des métaux (recyclés), des plastiques (recyclés), etc.
Ce qui reste brûle...très mal. Et le mâchefers produit est de très mauvaise qualité.

Que choisir donc ?

dimanche 2 décembre 2007

Perséphone, 2eme round

Jour 2 La course à la mort

Il n'est plus question de patience. Il n'est plus question de grandeur. P sera fourbe ou ne sera pas. Toute la nuit elle a remué ses orteils glacés en songeant à la remontée, à l'âpreté de l'asphalte sous ses semelles râpées, au défilé inépuisable des bouches de métro barrées. Aujourd'hui Vélib' et aujourd'hui liberté.
Mais face à une borne les ressources de l'imagination parisienne sont proprement terrifiantes. Il y a, entre les divers types d'usagers de ce service municipal, trois grands profils que j'aimerais recenser pour vous:
– l'habituel, le snob, le désinvolte, qui porte dans les quatre grammes cinquante de sa carte Navigo des possibilités infinies de déplacements, puisqu'il lui suffit de tendre le bras au-dessus du plot à vélo pour que la machine se libère
– l'abonné à la semaine
– P qui recommence toujours les mêmes manoeuvres et entre les mêmes codes, par défaut d'humeur créatrice. Elle ne s'abonne qu'à la journée.
Il faut voir qu'à imprimer un reçu à chaque tentative de récupérer un Vélib', on perd beaucoup de temps, et P songe qu'un jour un malfrat lui appliquera sur le crâne un coin de barre de fer au moment où elle enfourne sa carte bleue dans la fente impassible: moyen facile de se faire de l'argent sur le dos des blondes en goguette. D'autant que pour affronter les rigueurs du pédalage, elle a revêtu une tenue sport qu'on peut réellement qualifier d'indécente: un jean serré – des chaussures échancrées – une veste enfin dont la laine à grosses mailles laisse entrevoir Dieu sait combien de choses dans l'esprit pervers des promeneurs. (Nous reproduisons ici le monologue intérieur de P, sans l'assumer bien sûr).
Arrivée place de la République, déjà un peu agacée, P. décide d'user de ses charmes juvéniles pour décrocher un Vélib' en escroquant ses voisins. Station quasi-vide; une famille entière derrière elle: elle prend le parti d'être odieuse et commence à taper ses codes. Mais voilà qu'en face d'elle, de l'autre côté de la borne, un abonné à la semaine dégaine nonchalamment sa carte!
Longue plage de silence dans son crâne.
Elle contourne doucement la borne, en gardant par sûreté une main sur son clavier, et sussure à l'oreille du type:
« Quel vélo prenez-vous?... »
Elle sait pertinemment que sur les quatre qui garnissent à cette heure les fourches, seul le dix-septième est en état d'avancer, et que les autres, obéissant à cela à une grande loi de la Nature, n'ont pas de chance ou pas de guidon.
« Quel vélo prenez-vous Monsieur?... »
Le type relève deux yeux rêveurs.
« C'est que, je m'excuse, il faudrait éviter de réserver le même... On ne sait pas, la borne pourrait dysfonctionner.... »
Sourire fat du Monsieur.
Les doigts de P. se crispent incognito sur son clavier. Qu'a-t-il besoin de réfléchir autant?
« Bien sûr... Je prends le 20. »
P. incline gravement le chef comme à la nouvelle d'un décès. Il lui reste à créer un code.
Le type décroche le 20 et part sur quelques mètres à la dérive sur un vélo sans chaîne, entraîné sans plus rien pouvoir par la machine facétieuse jusque sans doute au premier choc avec un camion de quinze tonnes. P, satisfaite et amusée, détache ses yeux de son clavier. Le dix-sept vient de partir sous les fesses athlétiques d'un abonné à l'année.
Dans une autre occasion cet épisode se serait conclu autrement. P. aurait eu son vélo, mais grâce à l'intervention seulement d'un petit enfant aux yeux en amande, préposé à la résolution des problèmes bizarres. Imaginons un instant que cette histoire soit vraie. Dans cette chronique d'ailleurs tout est vrai, et c'est bien ce qui l'attriste, et moi avec elle, et nous tous, lecteurs, avec cette pauvre fille qui a tant de peine à aller étudier son latin.
Au moment où P, effondrée au pied de la borne, sent s'écouler hors d'elle toute sa gaîté et son appétit à la vie, surgit un gnome aux yeux de braise. Tout d'abord elle ne le voit pas, parce que la famille derrière elle a commencé à s'emporter. La pantomime au pied de la borne leur semble un brin suspecte.
« Mais enfin il n'y a pas de vélos, vous le voyez bien ils sont tous cassés » - elle lance vers les plots sa main paume vers le ciel.
« Si Mademoiselle il y a un vélo. »
« Vous entendez ce que vous dit cet enfant? »
« Non je vous dis qu'ils sont tous cassés c'est ROUGE nom de Dieu, ce n'est pas parce qu'ils sont là qu'ils ROULENT »
« Mademoiselle il y a un vélo je vous assure c'est le mien c'est moi qui viens de le remettre. »
Silence.
« Tu veux dire que, euh, il marche? Enfin, hum, tu l'as essayé?... »
« Ben ouais. Il marche. »
« Ah mais c'est très bien tout ça! »
P. bondit, récupère le numéro 9 et laisse toute la famille en plan auprès de la borne inutile.
Le petit enfant a presque un peu exagéré en disant que son vélo marchait – un peu, parce qu'aux meilleurs tours de roue la machine avance assez bien, et épargnera peut-être une heure de marche à notre héroïne harassée. Mais précisément il lui est interdit de ralentir. Si elle relâche quelques secondes entre les voitures arrêtées la pression sur les pédales, si elle tente de se frayer un chemin à moindre allure entre les passants amassés, elle manque de dérailler – ou du moins, la chaîne cesse de s'engager naturellement là où naturellement elle s'engage, et la trajectoire se dédouble, un peu à droite, un peu à gauche, selon que le poids du corps se distribue plutôt d'un côté que de l'autre.
Eh bien elle ira vite. C'était l'idée n'est-ce-pas?
Pour sûr elle n'aurait pas dû mettre ses lunettes et se rendre du même coup aveugle. A contresens et sur une roue, elle traverse la rue du Renard. Pourquoi vont-ils toujours tout droit, quand elle voudrait aller à gauche?
Dix heures, rue d'Ulm. Elle descend et agite au ciel ses boucles blondes pleines de gel.

mercredi 28 novembre 2007

que se passet-til dans une usine d'épuration ?





d'abord on enlève tout se qui traîne de dégueu dans l'eau (cette eau provient non pas de la rivière, mais directement des villes ou industries raccordées)

ambiance



(ici ce sont des cornichons mais on peut aussi retrouver des couvertures, des outils, des ... dentiers)
(cette dernière histoire est particulièrement savoureuse : un jour une station d'épuration reçoit un appel du député du coin. Celui-ci avoue s'être torché la gueule, avoir vomi dans le caniveau et y avoir laissé son dentier... Est-il possible de le récupérer ? OUI, puisque vous avez financé un réseau d'assainissement hyper performant !!)


ensuite y a tout un tas de trucs mi-bio mi-chimiques pour enlever toutes les traces laissées dans l'eau par les usines de choucroute et de rillettes
(dont une filtration par charbon actif : 1 gramme de charbon actif = 1000 m2 d'interface entre eau et charbon !!!)

puis on brasse l'eau dans un grand bassin où résident tout plein de bactéries

NE PAS SE BAIGNER : on ne flotte pas dans cette eau, impossible d'y nager, on coule direct si on ne meure pas avant de mort toxique




après tout ceci on centrifuge, on truc et on bidule, on récupère le méthane, etc...
voilà ce qui reste avant qu'on rejette l'eau à la rivière (celle-ci est potable mais "faut ajouter pas mal de ricard"...il faudra avant d'être bue qu'elle soit recaptée un peu plus en aval par une autre station de production d'eau potable (voir post précédent))



Ces boues sont séchées et analysées : si les taux de polluants (métaux lourds, détergents, etc...)et de germes pathogènes (bactéries et virus) sont inférieures à une certaine norme européenne on peut l'épandre sur sols agricoles. Sinon on doit stocker dans des centres de stockage de déchets de classe 1, c'est à dire hyper imperméabilisé, conditionné, surveillé, etc.
Il existe aussi une nome d'accumulation des polluants sur 10 ans. Elle ne doit pas non plus êre dépassée.


Certaines stations mettent en place un "truitomètre" à l'exutoire : il s'agit d'une cage contenant une truite (poisson extrêmement sensible aux pollutions des eaux) placée au niveau du rejet d'eau dans la rivière. Si cette eau est encore mauvaise, la truite meurt quasi-instantanément, et on fait alors fonctionner la station en ciruit fermé jusqu'à ce que la qualité de l'eau retrouve la normale.
C'est cruel mais bien plus rapide que les analyses en labo, donc plus efficace.



Autre moyen pour épurer l'eau : le lagunage.
Possible seulement dans les petites communes de moins de 2000 habitants, vu qu'il faut 5mètres cube de flotte par habitant.
Il s'agit d'une succession de trois bassins sur sol argileux. L'eau passe de l'un à l'autre par gravité, les particules de polluants décantent, l'eau est filtrée par des roseaux dont la photosynthèse permet à certaines bactéries de s'installer et de consommer certains polluants, etc.
Au final on rejette dans le milieu naturel une eau souvent de meilleure qualité que celle du milieu lui-même...

Ach! ch'est bôw !

lundi 26 novembre 2007

faut pas pleurer

J'ai trouvé un Vélib'!

par Perséphone



Jour 1 Le film burlesque

P extrait un orteil précautionneux de sa couette en plumes moletonnée. Sur les hauteurs de Belleville le vent se fraye un chemin sans peine jusque dans les intérieurs étudiants, et comme on le sait, mercredi matin, c'est latin, alors l'enthousiasme à issuer du précieux réduit retombe avant que d'être né. L'orteil hésite. Dans la cuisine l'odeur du café Franprix, les remuements délicieux des préparatifs du petit déjeuner sont une invite irrepoussable.
Mercredi matin, c'est latin.
C'est autre chose aussi, mais P l'ignore puisqu'elle ne lit pas la presse. Mercredi c'est chaos social, et donc, corollaire inévitable de l'entrée dans l'hiver (huit degrés: gla), c'est trafic nul sur la ligne 11, entre Châtelet et Mairie des Lilas. P engoncée dans son manteau à larges plis s'en fiche et compte sur les doigts de sa main gauche le nombre de stations Vélib' qui s'échelonnent de sa cuisine à la station Belleville, trois cents mètres plus bas:
« Rue des Pyrénées, ça fait un... euh, rue Piat, deux; deux, et puis de toute façon il y en aura en bas, ils descendent tous la rue, ces marioles, et ils laissent les vélos en bas; donc ça fait trois. Tacite à dix heures sans problème! »
Les jours de grève la surpopulation du métro devient hétéroclite. Autrefois un Américain m'avait confié à l'oreille que les rames de la RATP étaient d'étranges étuves sensuelles; il est probable qu'il entendait par là autre chose que ce qu'il disait, car il n'y pas d'endroit en ce monde où l'on ait moins l'air de se divertir en se frictionnant les reins mutuellement (- souvenir des grèves 2002). Sur le quai s'entassent un contrebassiste, deux Chinoises, et toute une garderie mie-partie en landaus, qui nous transporte vaguement dans les abris anti-atomiques de la bataille d'Angleterre. P opte pour un repli stratégique par les escalators en panne, et lorsqu'on l'interroge
« Oh non, trop de monde, c'est la grève, vous savez,c'est très angoissant. »
Allons-y donc à pied puisque c'est rigolo. Evidemment P se trouvait très originale d'avoir songé aux Vélib' qui sont un moyen de transport rapide et économique – c'est l'abasourdissement complet quand elle en surprend deux, puis trois, puis d'autres encore attachés aux barrières, aux lampadaires et aux cafés par de puissants verrous, en prévision de la ruée du matin (qui est finie depuis une heure); il y a donc eu des gens pour payer toute une nuit de location qu'ils n'ont pas mise à profit, et s'accaparer ainsi un service qui, rappelons-le – indignation subite – est municipal, communautaire, et démocratique, bouârk! Et à Couronnes, est-ce-que...?
A Couronnes non. S'ensuivent les premières frémissements. Comment être dix heures chez Tacite, alors qu'en hordes mornes les Parisiens de l'Est se dirigent vers le centre, encombrent les trottoirs, les rues et la chaussée; alors que les camions comme délivrés du bon sens défoncent les poubelles au moment où l'on passe; alors qu'entre les étalages serrés de pastèques chinoises et de courges les vélos circulent en toute liberté? Un autre latin a écrit sur cette stupeur de la ville qui va être assaillie, c'est Tite-Live et c'est Rome, et nous, sur nos trottoirs empopulaciés, nous sommes les Gaulois et nous allons vers la Curie.
La marche c'est amusant mais en général c'est l'été, et P aime se sentir maîtresse de ses déplacements, c'est pourquoi, tout obnubilée par les reflets chrolophylle des plots à Vélib' en état, elle court vers République, elle court vers les Arts et Métiers, et toujours rien, mais des rangs de plus en plus denses de Parisiens nerveux et peut-être mieux informés – là! Rue du Renard. Un vélo. Bien sûr personne ne connaît la rue du Renard, à part les trois morveux qui vont travailler à la BPI les jours de semaine pour s'envoyer des mimiques lascives; hop, technique Vélib', on pianote, on enfourne,on décroche, maîtrise de l'objet et du matériel, les pans du manteau déployés en grande queue, et c'est parti pour huit centimètres – jusqu'à ce qu'à la réflexion, un Vélib' sans chaîne, non vraiment, ça ne suffit pas. Par fierté P refuse de le fixer au plot dont elle l'a ôté. Elle ira plus loin. Elle maîtrise. Sur les trottoirs comme tout à l'heure, mais avec vingt tonnes de ferraille, elle court vers le Quartier Latin.
Jour 1 – soir
Mercredi matin, latin. Qui a dit cela? On ne lit pas de latin quand la Sorbonne est occupée. Mais on veut bien rentrer sous une couette moletonnée qui offre contre le froid une barrière illusoire et néanmoins moelleuse. Pour cela rien de plus simple: ce matin à dix heures, est-ce-que toutes les bornes près de la Sorbonne n'étaient pas abondamment pourvues en Vélib'? Est-ce-qu'elles n'étaient pas vertes commes les feuilles du Palais-Royal dont Desmoulins a fait des cocardes, les enseignes de l'espérance et de la réforme des coeurs?
Paris raisonne d'un seul bloc. A dix heures tout le monde veut le cinquième, à vingt-et-une on veut Belleville: les bornes sont vides ou défoncées. Rue d'Ulm, rien. Rue de l'Estrapade, rien. Rien Cujas, rien. Rue des Ecoles, rien. Rue de la Sorbonne, rien. Rue Lagrange – ah! rue Lagrange. Une loupiote. Les gestes, gourds, les yeux, brouillés des larmes du grand froid – agir vite, avant qu'un touriste, un étudiant... Non, finalement, personne n'en veut de celui-là, et P sera seule à y fixer son bagage avec l'exultation du triomphe, de la jeunesse et des grands soirs!
Glong.
Glong.
Glong.
Serait-ce donc que la roue avant est crevée?
Glong
Se débarrasser de ce machin ridicule.
Glong.
Il suffirait que la doublure du manteau se prenne dans la chaîne...
En allant vite on résout souvent des problèmes – glong glong glong – non on les crée et les multiplie, et sans doute qu'en plus de n'avoir qu'une roue la machine déraillerait, et voici la mort pitoyable au milieu d'une avenue écrasée par un bus (pas de bus. Par un autre Vélib'. Par une poubelle.)
Une borne rue du Temple. Le sens oublié des découpages naturels de la ville de Paris s'éveille au fond de sa cervelle gelée: rue du Temple – République – maison, lâchons cette charriote de cirque et prenons-en une autre; cela brille, cela brille rue du Temple, tout vert comme les Rameaux, comme les eaux des rivières de France, comme les sous-bois dans la rosée matutine; le vélo reposé, il ne s'agit que de taper un code, mystère et lien organique de la borne à elle, qui lui dit qu'à sa gauche – UN FICHU NAIN EST EN TRAIN D'EMBARQUER LA DERNIERE BONNE BECANE. Un blond:
« Mauvais état... Ils font grève chez Delanoë? »
Vingt mètres plus loin glong glong glong. Le blond a pris mon vélo.

jeudi 22 novembre 2007

Perséphone will soon come back

je vous laisse le temps de digérer les déchets, puis je vous balance 3 chroniques de Perséphone.
J'ai eu la honte à pleurer de rire dans la salle informatique.