mercredi 10 février 2010
Swing swing quand tu nous tiens
Je viens de finir de rédiger un rapport de 61 pages sur le réemploi ... j'ai réussi à ce que le dernier mot du rapport soit ... "swing" (dans mon CV).
Pas mal non ?
Pas mal non ?
jeudi 28 janvier 2010
Feu écolo, feu
Selon les Nations-Unies, la crémation contribue à 0,2 % des émissions mondiales de dioxine et de furane. C'est également la deuxième source de mercure en suspension dans l’air en Europe, due aux amalgames dentaires.
lundi 18 janvier 2010
On est le combien là ??
Le 18 Janvier 2010.
Il y a pile 1 mois, un client me dit : "bon faut que tu trouves une solution pour ..."
Moi je me dis : faut régler cette merde avant que tout le monde se barre en vacances de Noël. Je me démène et genre le 20 je propose THE solution, demande des devis etc ...
Mais le client me dit : "On va prendre le temps de réfléchir..."
10 jours après il me dit : "Qu'est-ce que tu penses de cette solution ?"
Moi : "Ben elle a rien à voir avec la mienne, mais si tu veux on peux essayer ... mais bon bof, plein d'inconvénients, pas le temps, ça fait déjà 3 semaines qu'on était censés ..."
Lui : "Ouais mais je pense que ..."
Moi : "Bon ben si tu veux ... mais bon"
2 semaines plus tard, le client : "Eh dis ? ça marche pas ce truc. Je pense qu'on va faire comme ça en fait ..."
Moi : "Bah ouais, c'est genre un peu ce que je t'avais dit de faire y a ... combien ? ... 1 mois ?"
RAAAAAAAAAAAAH
Il y a pile 1 mois, un client me dit : "bon faut que tu trouves une solution pour ..."
Moi je me dis : faut régler cette merde avant que tout le monde se barre en vacances de Noël. Je me démène et genre le 20 je propose THE solution, demande des devis etc ...
Mais le client me dit : "On va prendre le temps de réfléchir..."
10 jours après il me dit : "Qu'est-ce que tu penses de cette solution ?"
Moi : "Ben elle a rien à voir avec la mienne, mais si tu veux on peux essayer ... mais bon bof, plein d'inconvénients, pas le temps, ça fait déjà 3 semaines qu'on était censés ..."
Lui : "Ouais mais je pense que ..."
Moi : "Bon ben si tu veux ... mais bon"
2 semaines plus tard, le client : "Eh dis ? ça marche pas ce truc. Je pense qu'on va faire comme ça en fait ..."
Moi : "Bah ouais, c'est genre un peu ce que je t'avais dit de faire y a ... combien ? ... 1 mois ?"
RAAAAAAAAAAAAH
mardi 5 janvier 2010
De bien belles choses
Un film va sortir sur les écrans bientôt, réalisé par mon idole Clint (Eastwood pour les intimes). Le nom du film est tiré d'un poème de l'écrivain William Ernest Henley (1875). Le titre du poème est d'un certain Arthur Quiller-Couch en 1900.
Voici le poème et 3 traductions. Laquelle préférez-vous ?
mercredi 23 décembre 2009
lundi 7 décembre 2009
Tancrède ... ou comment des problèmes de communication à l'intérieur d'un couple entraînent des situations ridicules
Salut Public,
Bien consciente de vous avoir délaissée pour d'autres horizons plus ... lucratifs, Zizule s'en revient après moultes aventures ponctuées de pertes de connaissances régulières histoire de tenir le choc.
Zizule s'en revient donc plus précisément de Tourc*oing où se jouait Tancrédi, opéra de Rossini, sur un drame de ... Voltaire ?
Bon je vous résume l'histoire :
" Amenaïde, appelons-la Cocotte, est fille du ... roi de Syracuse, si j'ai bien compris. Elle est aussi amoureuse de Tancrède, appelons-le l'Imbécile pour faire court, qui vit en exil.
Cocotte écrit une lettre d'amour au Crétin de service, anonymement, pour lui dire de ramener ses fesses pour que l'histoire puisse commencer.
L'Imbécile, vraiment plus con que ne le laisserait penser Voltaire, débarque à Syracuse, anonymement aussi pour tout arranger, mais sans avoir reçu la lettre de Cocotte.
Celle-ci entre-temps a été promise en mariage au chevalier Orbazzano, que nous appellerons Terminator, parce que vu sa tronche çe ne laisse planer aucun doute.
Evidemment Cocotte a du mal à se laisser convaincre.
Là-dessus, le petit Arriviste va voir notre amie Cocotte pour lui déclarer sa flamme. Celle-ci, un peu refroidie, lui dit de retourner chez sa mère parce qu'il est banni, qu'elle ne peut donc pas l'épouser (c'était bien le moment de s'en rendre compte) et qu'en plus elle a Terminator aux fesses alors il ferait bien de déguerpir. Lui, un peu vexé, obtempère, la laisse tranquille mais reste dans les parages au cas où y aurait un deuxième acte.
La lettre d'amour de Cocotte est interceptée. Comme par hasard on l'interprète de manière à croire que Cocotte a écrit au chef des ennemis. C'est donc une traîtresse, et tout le monde veut la tuer, y compris son père mais également le roi des Cons, qui pense avoir été blousé une fois de trop.
Cocotte est condamnée à mort. Mais le petit Imbécile, qui malgré tout l'aime encore, se fait son champion pour défier Terminator et sauver Cocotte du boureau.
Imbécile tue Terminator. Et là on croit que c'est finit. MAIS NON !
Parce qu'en fait le petit Crrrrrrétin il l'aime plus tant que ça et il se barre sans laisser à Cocotte le soin de lui expliquer la chose.
Quelques jours plus tard.
Le petit Con est en train de crever tout seul dans la montagne parce qu'il est malheureux. Cocotte le cherche pour lui demander d'aller se faire tuer encore une fois parce que Syracuse est (encore) en danger. Elle voudrait aussi lui expliquer le pourquoi du comment de la lettre mais ce sombre Idiot se barre dans lui en laisser le temps.
il faut dire aussi que Tancrède déverse sa haine et son dégoût sur Cocotte pendant 10 longues minutes et elle jamais elle trouve le moment de lui couper la parole ... ben voyons.
Bref, et donc l'Imbécile évidemment là il meure ... enfin disons qu'il saigne et que ça nous porte à penser que c'est la dernière fois qu'il nous emm...
Du coup Cocotte trouve 2 minutes pour en placer une et lui expliquer que "ah bah oui en fait la lettre c'était pour toi Ducon !"
Et Tancrède meurt dans ses bras.
...
Et Tancrède ressuscite, se fait couronner Roi et il emballe Cocotte et le rideau se ferme sur un public hilare.
...
Et oui hilare, parce que personne n'a compris pourquoi Tancrède qu'on supposait mort à soudain pris l'air d'un mec sous ecstasy, a piqué la couronne du roi pour monter sur le trône ...
En fait Wiki$pédîa m'a dit que y a deux fins possibles à l'histoire. Et à Tou*rcoing ils ont joué les deux ...
Y sont fous ces ch'tis.
Bien consciente de vous avoir délaissée pour d'autres horizons plus ... lucratifs, Zizule s'en revient après moultes aventures ponctuées de pertes de connaissances régulières histoire de tenir le choc.
Zizule s'en revient donc plus précisément de Tourc*oing où se jouait Tancrédi, opéra de Rossini, sur un drame de ... Voltaire ?
Bon je vous résume l'histoire :
" Amenaïde, appelons-la Cocotte, est fille du ... roi de Syracuse, si j'ai bien compris. Elle est aussi amoureuse de Tancrède, appelons-le l'Imbécile pour faire court, qui vit en exil.
Cocotte écrit une lettre d'amour au Crétin de service, anonymement, pour lui dire de ramener ses fesses pour que l'histoire puisse commencer.
L'Imbécile, vraiment plus con que ne le laisserait penser Voltaire, débarque à Syracuse, anonymement aussi pour tout arranger, mais sans avoir reçu la lettre de Cocotte.
Celle-ci entre-temps a été promise en mariage au chevalier Orbazzano, que nous appellerons Terminator, parce que vu sa tronche çe ne laisse planer aucun doute.
Evidemment Cocotte a du mal à se laisser convaincre.
Là-dessus, le petit Arriviste va voir notre amie Cocotte pour lui déclarer sa flamme. Celle-ci, un peu refroidie, lui dit de retourner chez sa mère parce qu'il est banni, qu'elle ne peut donc pas l'épouser (c'était bien le moment de s'en rendre compte) et qu'en plus elle a Terminator aux fesses alors il ferait bien de déguerpir. Lui, un peu vexé, obtempère, la laisse tranquille mais reste dans les parages au cas où y aurait un deuxième acte.
La lettre d'amour de Cocotte est interceptée. Comme par hasard on l'interprète de manière à croire que Cocotte a écrit au chef des ennemis. C'est donc une traîtresse, et tout le monde veut la tuer, y compris son père mais également le roi des Cons, qui pense avoir été blousé une fois de trop.
Cocotte est condamnée à mort. Mais le petit Imbécile, qui malgré tout l'aime encore, se fait son champion pour défier Terminator et sauver Cocotte du boureau.
Imbécile tue Terminator. Et là on croit que c'est finit. MAIS NON !
Parce qu'en fait le petit Crrrrrrétin il l'aime plus tant que ça et il se barre sans laisser à Cocotte le soin de lui expliquer la chose.
Quelques jours plus tard.
Le petit Con est en train de crever tout seul dans la montagne parce qu'il est malheureux. Cocotte le cherche pour lui demander d'aller se faire tuer encore une fois parce que Syracuse est (encore) en danger. Elle voudrait aussi lui expliquer le pourquoi du comment de la lettre mais ce sombre Idiot se barre dans lui en laisser le temps.
il faut dire aussi que Tancrède déverse sa haine et son dégoût sur Cocotte pendant 10 longues minutes et elle jamais elle trouve le moment de lui couper la parole ... ben voyons.
Bref, et donc l'Imbécile évidemment là il meure ... enfin disons qu'il saigne et que ça nous porte à penser que c'est la dernière fois qu'il nous emm...
Du coup Cocotte trouve 2 minutes pour en placer une et lui expliquer que "ah bah oui en fait la lettre c'était pour toi Ducon !"
Et Tancrède meurt dans ses bras.
...
Et Tancrède ressuscite, se fait couronner Roi et il emballe Cocotte et le rideau se ferme sur un public hilare.
...
Et oui hilare, parce que personne n'a compris pourquoi Tancrède qu'on supposait mort à soudain pris l'air d'un mec sous ecstasy, a piqué la couronne du roi pour monter sur le trône ...
En fait Wiki$pédîa m'a dit que y a deux fins possibles à l'histoire. Et à Tou*rcoing ils ont joué les deux ...
Y sont fous ces ch'tis.
vendredi 27 novembre 2009
Un an à Istanbul - Cihangir
Ci-dessous un texte de Perséphone à Istanbul. Je rappelle pour les profanes, que Perséf' vient écumer ici de temps en temps sa verve délicate.
"
Cihangir est mon petit paradis pentu. C’est le petit paradis de beaucoup de monde, malheureusement ; on sait pourquoi, prenez l’Assimil de turc à la leçon 32 : « Ama Tanrım ! Bütün Boğaz ayaklar altında ! », « Mon Dieu ! Tout le Bosphore à nos pieds ! » ; voilà, pour quelques mots, mon îlot secret grouillant de Français.
Par ailleurs Assimil s’est bien moqué de moi ; j’ai visité ma chambre de nuit, et comme la nuit, à Istanbul, est obscure, je n’ai rien vu par la fenêtre, sinon un gros carré d’ombre ; mais je me fiais bêtement au Bütün Boğaz ayaklar altında. Au rez-de-chaussée, c’était mal joué ; au lieu du Bosphore j’ai un terrain vague plein de fougères, et de chats, et la terrasse de mes voisins qui festoient jusqu’aux petites heures du matin. Cihangir est le paradis des fêtards. Mais bon, c’est agréable, c’est chaleureux ; l’autre jour une vieille les a insultés, il était trois heures dix, ils ne voulaient pas dormir ; pour finir son mari l’a giflée, et depuis on ne l’entend plus, elle est peut-être morte.
Cihangir est aussi le paradis des chats. Chacun a son immeuble de référence. Ils ne sont pas très vagabonds, ce sont des chats propriétaires. Au célébrissime Topçular Apt, il y en a quatre. Ils dorment dans la cour, apparemment ; eux aussi aiment la musique, c’est un état d’esprit. Le plus agile est Trois-Pattes. C’est mon Trois-Pattes (Benim Trois-Pattes). C’est un féroce : il flanque des beignes à tous les animaux du quartier, y compris aux grands chiens errants, maladifs et résignés, qui dorment à l’entrée du garage. Il est très affectueux, malgré son handicap, mais il a l’amour vache : cette nuit je voulais le remettre sur ses pattes, et il n’a pas voulu ; et gnak ! les crocs fichés dans ma manche, immédiatement démaillée ; sale bête, j’ai dû la secouer pendant trois minutes pour qu’elle se laisse enfin tomber.
Un autre chat s’est installé sur le rebord de ma fenêtre. C’est une petite femelle noire et rousse, aussi farouche que Trois-Pattes est entreprenant ; quand il a commencé à pleuvoir, et à Istanbul il pleut vraiment, genre cataractes, elle s’est réfugiée contre ma fenêtre et n’en a plus voulu bouger. Au fond d’un tiroir j’ai retrouvé un rideau en toile écrue, et je l’ai mis sur le rebord, pour isoler la pauvre bête du béton glacé. C’était un geste intéressé. J’aime bien avoir mon petit chat du matin. Depuis petit rituel : ouverture des rideaux, elle dort (la niaise) ; je glisse ma main, je la caresse, elle se laisse faire, rayon de soleil, subitement elle se rappelle qu’elle est farouche, et gnak ! elle me mord jusqu’au sang. Toujours placide, je lui allonge une baffe, elle s’enfuit en miaulant, je referme la fenêtre ; et voilà, le petit rituel est terminé.
Cihangir est le petit paradis des intellectuels déprimés. C’est un quartier qui se prête merveilleusement à la mélancolie. Je dis cela pour les intellectuels ; car pour ma part, il me met de très bonne humeur, surtout quand il fait beau et que l’hôpital allemand resplendit de toute sa grâce d’enclume bavaroise. Mais les intellectuels dictent la mode. Ils suivent à la lettre les romans de Pamuk : conscience de la perte, dégradation, insignifiance historique ; tout ça. Il faut dire que certains immeubles inspirent une sorte d’amertume, comment dire, c’est peut-être la mosaïque de salle de bain, ou les lumières glauques à la nuit tombée, lumières d’intellectuels méditant sur l’insignifiance. Il y en a aussi beaucoup qui sont très coquets. Sur Cihangir Caddesi, c’est tous les jours l’Exposition d’Art Nouveau. Quand j’y passe je cherche les ascenseurs en fer forgé. Eux aussi me mettent de bonne humeur.
Il paraît qu’Istanbul est globalement une ville qui inspire de la mélancolie. Je n’ai pas remarqué. Il faut savoir être sensible à la poésie des mosaïques de salle de bain.
C’est ce que font nos amis français. Ils vivent tous dans le triangle d’or entre Sıraselviler Caddesi et l’hôpital allemand trônant en plein milieu, comme une grosse meringue rubiconde. Au milieu de Sıraselviler, au niveau des bars chics et de la pâtisserie Savoy, la densité de francophones devient proprement terrifiante. Au Carrefour Express, quand je vais acheter mon parmesan, je croise tous les professeurs de Galatasaray, et un grand nombre de pouffes qui discutent des joies du quartier. Le Carrefour Express, c’est la pause luxe. Tout y coûte vingt fois plus cher ; le parmesan, c’est mon salaire de la semaine ; mais j’y vais pour les lumières tamisées, pour ce petit bout de France, par snobisme, quoi.
Cihangir exerçait sur moi autrefois un attrait extraordinaire ; autrefois, c’est-à-dire au moment de ma première lecture de la leçon 32. Je sentais une sorte d’appel. Je paye six cents lires pour habiter dans ce maudit quartier ; six cents lires pour une petite chambre, mais que diable ! le matin, je me réveille à Cihangir ! Après vérification, ma rue serait dans Gümüşsuyu.
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Cihangir est mon petit paradis pentu. C’est le petit paradis de beaucoup de monde, malheureusement ; on sait pourquoi, prenez l’Assimil de turc à la leçon 32 : « Ama Tanrım ! Bütün Boğaz ayaklar altında ! », « Mon Dieu ! Tout le Bosphore à nos pieds ! » ; voilà, pour quelques mots, mon îlot secret grouillant de Français.
Par ailleurs Assimil s’est bien moqué de moi ; j’ai visité ma chambre de nuit, et comme la nuit, à Istanbul, est obscure, je n’ai rien vu par la fenêtre, sinon un gros carré d’ombre ; mais je me fiais bêtement au Bütün Boğaz ayaklar altında. Au rez-de-chaussée, c’était mal joué ; au lieu du Bosphore j’ai un terrain vague plein de fougères, et de chats, et la terrasse de mes voisins qui festoient jusqu’aux petites heures du matin. Cihangir est le paradis des fêtards. Mais bon, c’est agréable, c’est chaleureux ; l’autre jour une vieille les a insultés, il était trois heures dix, ils ne voulaient pas dormir ; pour finir son mari l’a giflée, et depuis on ne l’entend plus, elle est peut-être morte.
Cihangir est aussi le paradis des chats. Chacun a son immeuble de référence. Ils ne sont pas très vagabonds, ce sont des chats propriétaires. Au célébrissime Topçular Apt, il y en a quatre. Ils dorment dans la cour, apparemment ; eux aussi aiment la musique, c’est un état d’esprit. Le plus agile est Trois-Pattes. C’est mon Trois-Pattes (Benim Trois-Pattes). C’est un féroce : il flanque des beignes à tous les animaux du quartier, y compris aux grands chiens errants, maladifs et résignés, qui dorment à l’entrée du garage. Il est très affectueux, malgré son handicap, mais il a l’amour vache : cette nuit je voulais le remettre sur ses pattes, et il n’a pas voulu ; et gnak ! les crocs fichés dans ma manche, immédiatement démaillée ; sale bête, j’ai dû la secouer pendant trois minutes pour qu’elle se laisse enfin tomber.
Un autre chat s’est installé sur le rebord de ma fenêtre. C’est une petite femelle noire et rousse, aussi farouche que Trois-Pattes est entreprenant ; quand il a commencé à pleuvoir, et à Istanbul il pleut vraiment, genre cataractes, elle s’est réfugiée contre ma fenêtre et n’en a plus voulu bouger. Au fond d’un tiroir j’ai retrouvé un rideau en toile écrue, et je l’ai mis sur le rebord, pour isoler la pauvre bête du béton glacé. C’était un geste intéressé. J’aime bien avoir mon petit chat du matin. Depuis petit rituel : ouverture des rideaux, elle dort (la niaise) ; je glisse ma main, je la caresse, elle se laisse faire, rayon de soleil, subitement elle se rappelle qu’elle est farouche, et gnak ! elle me mord jusqu’au sang. Toujours placide, je lui allonge une baffe, elle s’enfuit en miaulant, je referme la fenêtre ; et voilà, le petit rituel est terminé.
Cihangir est le petit paradis des intellectuels déprimés. C’est un quartier qui se prête merveilleusement à la mélancolie. Je dis cela pour les intellectuels ; car pour ma part, il me met de très bonne humeur, surtout quand il fait beau et que l’hôpital allemand resplendit de toute sa grâce d’enclume bavaroise. Mais les intellectuels dictent la mode. Ils suivent à la lettre les romans de Pamuk : conscience de la perte, dégradation, insignifiance historique ; tout ça. Il faut dire que certains immeubles inspirent une sorte d’amertume, comment dire, c’est peut-être la mosaïque de salle de bain, ou les lumières glauques à la nuit tombée, lumières d’intellectuels méditant sur l’insignifiance. Il y en a aussi beaucoup qui sont très coquets. Sur Cihangir Caddesi, c’est tous les jours l’Exposition d’Art Nouveau. Quand j’y passe je cherche les ascenseurs en fer forgé. Eux aussi me mettent de bonne humeur.
Il paraît qu’Istanbul est globalement une ville qui inspire de la mélancolie. Je n’ai pas remarqué. Il faut savoir être sensible à la poésie des mosaïques de salle de bain.
C’est ce que font nos amis français. Ils vivent tous dans le triangle d’or entre Sıraselviler Caddesi et l’hôpital allemand trônant en plein milieu, comme une grosse meringue rubiconde. Au milieu de Sıraselviler, au niveau des bars chics et de la pâtisserie Savoy, la densité de francophones devient proprement terrifiante. Au Carrefour Express, quand je vais acheter mon parmesan, je croise tous les professeurs de Galatasaray, et un grand nombre de pouffes qui discutent des joies du quartier. Le Carrefour Express, c’est la pause luxe. Tout y coûte vingt fois plus cher ; le parmesan, c’est mon salaire de la semaine ; mais j’y vais pour les lumières tamisées, pour ce petit bout de France, par snobisme, quoi.
Cihangir exerçait sur moi autrefois un attrait extraordinaire ; autrefois, c’est-à-dire au moment de ma première lecture de la leçon 32. Je sentais une sorte d’appel. Je paye six cents lires pour habiter dans ce maudit quartier ; six cents lires pour une petite chambre, mais que diable ! le matin, je me réveille à Cihangir ! Après vérification, ma rue serait dans Gümüşsuyu.
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