jeudi 4 septembre 2008

LE BOULET DU BATEAU - Persephone en Turquie - 1

Qu'on me permette d'introduire cette série par une histoire qui me met en valeur, ou presque, parce que
1/ j'aime les niaiseries sentimentales
2/ le style devrait bientôt devenir plus sombre.

On estime d'ordinaire que les vacances sont le lieu ordinaire de rencontre avec l'Homme; je prétends le contraire, et le prouve.

18 août 2008

L'été, la mer à perte de vue. Nous sommes à Fethiye, bourgade sur la Méditerranée turque, que fréquentent les vacanciers et les dresseurs de pélicans.

L'air flamboie et embrase nos corps: et pour cause, nous apprend un pépé suant, la moyenne des températures est de 47°C.

S'il y avait eu une nécropole, je nous aurais enfouies dedans: les morts tiennent frais, paraît-il. Il n'y en a pas. Plutôt que de râler sur la jetée encombrée par les pélicans et leurs dresseurs en habits marins, je préconise une balade en bateau: les bateaux tiennent frais, paraît-il, surtout s'ils coulent; et celui-ci m'a l'air bien vétuste.


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Le Guide Bleu, mon ami et mon confident, conseille d'ailleurs les bateaux, car ils permettent d'approcher les ruines, qui sont le charme majeur de la région, si l'on excepte les pélicans.

Le prétexte culturel étant acquis, embarquons.


Je tiens tout de suite à préciser que je n'ai pas une expérience multiséculaire du boulet.

Le vie parisienne est emplie de spécimens plus ou moins hideux – le Boulet du Métro, le Boulet du Café, le Boulet du Franprix – que l'on apprend, jeunes filles, très vite à dépister. Lorsqu'on maîtrise la typologie, on les évite! Paris est suffisamment grand.

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Le bateau, un peu moins.

Une fois que l'on est installé, la zone d'évolution dévolue au promeneur n'excède pas les 5 à 8 m², en comptant les toilettes.
Le boulet, dans ces circonstances carcérales, devient rapidement adhésif.

Un boulet adhésif, quelle horreur, on dirait un accessoire du rayon éponges.

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Notre bateau, scène du drame et de la leçon, est baptisé Erhan-4 (Erhan Dört, c'est du turc). C'est une brave coquille de noix qui en toute insouciance accueille une soixantaine de personnes: j'y ai pris place avec ma mère, sur un gros coussin à l'arrière, d'où je regarde les flots, qui sont autant de pélicans mousseux.

Ma mère étant de nature communicative, elle entretient une grosse Allemande des problèmes sociaux de l'Europe, et la convainc de voter à gauche.

Même aux arrêts, qui sont baignade plutôt que ruines, elles poursuivent leurs pépiements autour de miettes chocolatées. Ceci laisse le champ libre à mon bikini à pois. Trempons-nous donc, puisque l'air est bouillant.

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Hélas et triple hélas, les pélicans ne sont pas seuls dans l'étendue aqueuse ce matin; le boulet surnage aussi, le cheveu à peine humide, et le maillot collé aux fesses.
Comble d'horreur: il a vingt ans. Je le préfère quinquagénaire, mes schémas explicatifs sont plus clairs.

En l'occurrence ce boulet-ci est très occupé à me dévisager, même aux moments pathétiques où je m'écorche les orteils sur les graviers du rivage; lui-même progresse d'une allure de crabe dans ma direction, ce qui, avec le grand-père imprégné de saumure et d'ail qui gire à quelques mètres, multiplie les zones dangereuses.
Stratégie sportive d'évitement: je décide d'apprendre à plonger; cela devrait les tenir à distance, ne serait-ce qu'à cause des éclaboussures.

Non, plonger, peut-être pas, je n'ai pas de gilet de sauvetage; mais me jeter comme un sac de riz (comme le touriste italien au charmant profil, qui saute en se pinçant le nez et tiens, ah ah, il a oublié d'enlever ses lunettes! imitons-le), depuis la proue du bateau.

La méthode est sans danger.
Les cils collés par le sel, j'arrive encore à reconnaître, et vite, l'odeur alléchante du pépé.
Evidemment dans l'opération le bikini à pois se déplace un peu, mais les individus normaux qui ne fixent pas ma poitrine n'ont pas le temps de s'en rendre compte; Boulet, lui, mate. Il a pris place sur le petit ponton à trois mètres de moi, et alors que j'ai rejoint mon perchoir pour poursuivre l'entraînement, il m'appelle (d'un petit sifflement coquet).

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Je hausse l'oeil.

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Il se désigne le torse (c'est-à-dire le mien, par dérivation sémantique). Moue mutine. Je rougis. Pas encore pu me rajuster.

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Une vengeance ignoble s'impose-t-elle?



Suite au prochain épisode (y en aura une petite diz...quinzaine)

2 commentaires:

zizule a dit…

Perseph! tu nous fait rêver

le suspense est torride !

vg a dit…

ahhh - le rajustement de bikini encore sous l'eau - un reflex à acquérir...