lundi 11 décembre 2006

c'est l'histoire d'un canard sans tête

Oyez oyez!! car voici que déboule triomphant le glorieux récit d'une brigade de poètes sortis tout droit de l'obscurité!!



Vous l'avez attendu, le voici : passage au-dessus d'un nid de mathématiciens.


Pour ceux qui ne suivent pas : je reviens de la soutenance de thèse d'un matheux qui s'avère être un de mes nombreux frères. J'ai pris des notes en pensant à vous, et me suis fait aidée pour l'orthographe et les formulations juteuses par de bien affables et courtois autres matheux pas du tout véxés d'être ainsi auscultés, voir carrément curieux de ce que j'allais pouvoir leur pondre.

Avant de commencer, laissez moi donc leur souhaiter la bienvenue ainsi qu'un énorme merci pour leur soutien éditorial.

Enfin : pour ceux qui sont pressés, repoussez la lecture de ce post à une autre fois. (Si vous voyez ce que je veux dire)








C'est parti.








Commençons par le commencement, c'est à dire : l'arrivée dans la salle du thé, où nous irons rassurer nos estomacs sur la finalité du monde une fois la soutenance soutenue.


J'y croise quelque matheux. Mais, me direz vous, à quels signes vois-je que s'en sont ?


Facile vous repondrai-je : sac à dos de randonneur, look allant de l'écolier à l'informe, et surtout surtout : ce murmure indéfinissable : "si tu prends X1, X2, ..., Xn...courbe multinomiale...gnmeugnemeu"


J'hesite entre effroi et rire.




Mais sinon , attaquons nous au gras du morceau :




Tout d'abord, remarquez le peu de matériel nécéssaire à une soutenance de thèse de maths : pas de Power Point design avec des jingles, pas de laser pour montrer au tableau. En tout et pour tout 5 transparents, une craie (allez, 2), un tableau noir, un pull bâche, et...un cerveau au mieux de sa forme quand même.




Passons.




LE THEOREME DES LAMINATIONS DE PLISSAGE POUR LE TORE PERCE.




Qu'est-ce qu'un tore percé ? Explicitement c'est une bouée de canard sans la tête.

Plus conceptuellement, on peut aussi imaginer que vous jouiez au billard. Transformez ce billard en une taie d'oreiller, de sorte que vous puissiez jouer sur les deux faces. Entourez cette taie d'un ruban comme pour les paquet cadeaux : vous avez un tore percé...enfin je crois.


Enfin de toute façon ça ne nous avance pas tellement.


Ce qui importe c'est que dans ce cadre là "l'appartement à une forme tres bizarre : la ligne d'horizon sur laquelle le plafond rejoint le plancher est fractale". (1er morceaux choisis juteux)











Ce qui implique que [x, y, z] sont des triplets strictement projectifs"



(là dessus j'en entends certains ricaner. Il paraît qu'il a voulu dire : positif. Mouais...au point où nous en sommes) (...) (quoique positif est un mot que je comprend )




Après ce lapsus, "le coeur convexe grossit" (oui les maths sont une science tres sentimentale, vous ne vous en êtes jamais aperçu au lycée ? nooooonnn!?)



Puis, les "tétraèdres idéaux s'appliquent au théorème du Folklore, pour devenir homéomorphe et quasifuchsiens"



(concernant cette dernière remarque : je n'en assure pas l'authenticité : c'est un mix de plusieurs morceaux juteux que j'ai collé ensemble parce que ça sonnait joli. Que nos amis matheux ulcérés par ces aberrations ou ébranlés dans leur convictions me fustigent puis me pardonnent)

(quoique si ça se trouve je viens d'énoncer la clé de l'Univers) ( je vais me faire voler le brevet)




On enchaîne avec des "syllabes monstrueuses", des "groupes complètement dégénérés" (ah!? pas si tendre que ça les maths en fait), et un mythique : "bon alors ce que je viens de vous vendre c'est complètement faux puisque V est continue" (ben oui)




Bref , j'ai écouté ... entendu plutôt tout ceci d'une oreille charmée par un nouvel accent, à côté d'un couple de pro des maths, qui donnaient l'impression d'écouter du jazz : (chuchotis) "oui...mmh...(balancement de la tête)...ah!"


suivis d'une question angoissante de l'un à l'autre : "comment l'intersection de deux tétraèdres peut elle donner une surface ?"

ça me semblait pourtant évident ça ... ou alors j'ai mal compris la question.




Et puis pour finir ces salades, avant d'en commencer d'autres, admirez l'Union Jack : achèvement d'une modélisation ténébreuse sortie tout droit d'un complexe programme algorithmique :









bref...




Après l'heure insoutenable d'attente de la délibération : le jury a traité l'interessé d'honoris causus, lui a "proclamé" qu'il faisait des "mathématiques élégantes", et on est partis bouffer.




Comment se présente un buffet de matheux ? C'est comme tous les buffets, mais il faut ajouter une variable"errance" , une contrainte "conversation absconte", et une constante "au bout d'une heure de Ferrero Rochers ils n'en peuvent plus et se rabattent sur les tableaux veleda pour recommencer leurs signes kaballistiques et leur conversations angoissantes".


Cette image représente un demi tableau rempli de signes. Ces signes tendaient à prouver un truc faux, et ils en cherchaient l'erreur, en triturant leur verre en plastique.


Une demie-heure plus tard, Y., après avoir médité un long moment, fixement, imperméable à toute sollicitation, se lève d'un bond, cours dans la salle, cherche son mentor en répétant, fébrile et extatique, "j'ai trouvé pourquoi, j'ai trouvé pourquoi!!". Manque de pot, le mentor etait parti.


Je n'ose imaginer son désespoir (le mien aussi ). Il a quand même bien voulu me préciser qu'il s'agissait "du lambda d'un graphe qui tend vers l'infini alors qu'il ne devrait pas".


Passons.


Ensuite viennent les sempiternelles questions que nos pauvres chercheurs doivent s'entendre poser à chaque fois qu'ils s'exhibent :


"à quoi ça sert ?", demande le Père.


"C'est de la science fondamentale, ça sert à organiser le paysage", répond l'hère.


Que voulez-vous répondre à ça ?



Et bien j'ai trouvé : "qu'est ce que la recherche fondamentale ?".


Voici 3 réponses glanées. Jugez plutôt!



  1. un regard mi-amusé mi-attendri me répond métaphoriquement : "imagine que tu es un maître de chantier. Tes ouvriers ont des bras et des jambes pour travailler. Mais ils ont aussi des oreilles et tout un tas de trucs qui ne servent pas. La recherche fondamentale c'est quand le maître de chantier coupe une oreille à un ouvrier pour voir si ça fais quelque chose,et qu'il se rend compte que ça ne change rien."

  2. l'hère à bretelles : "les noeuds j'ai toujours aimé ça. Prenez une courbe dans l'espace et demandez lui si elle est nouée. patati patata j'ai perdu le fil, ça sert à modéliser des sucres, des médicaments, des protéines, etc..."

  3. un Père Noël à l'accent anglophone : "le chercheur adore baigner dans l'ignorance et la frustration".

Et pour couronner la cerise sur le kugelhoupf : "il faut ouvrir un nouveau monde"


On se croirait dans Star Gate.

15 commentaires:

vero a dit…

super, zizule ! c'était ça. et tu n'as même pas exagéré !

lilousse a dit…

4e post de ce blog, et c'est déjà mythique... j'ai pleuré de rire à pratiquement chaque paragraphe. zizule, tu fais très fort dans l'art de la narration , c'est beau, c'est grand, c'est fort. et on se croirait VRAIMENT dans Star Gate !

bizzzrienquepourtoua

Dodinette a dit…

stupéfiant.

savoureux.

parfait.



(et dire que je pensais que tu exagérais un peu...)

David a dit…

Comme disait le prof de dessin de mon père, mathématicien, "on peut mépriser ce qu'on ne peut atteindre, mais pourquoi tant d'ostentation ?".

Plus sérieusement, j'attends avec impatience le même article sur un oral de grammaire, tu pourrais apprendre des choses utiles sur l'orthographe de la langue française.

vero a dit…

david n'a pas d'humour, ou je me trompe ? on aime notre matheux ! il y a malentendu - c'est sûr !

zizule a dit…

mais qui est David ?

je n'essaye pas d'être méprisante, c'est ma manière d'exprimer mon admiration béate devant un monde d'une richesse insoupçonnable et hors de portée, habité par des gens d'un flegme rare et irrésistible.

je suis justement en train de lire un livre captivant qui explique pourquoi certaines personnes réagissent à l'inconnu par du mépris, d'autre par de l'humour, et d'autres encore par de la violence.
Je mets donc ce commentaire sur le compte de la sérotonine.

Amitiés

lilousse a dit…

"admiration béate" ?? tu y vas un peu fort quand même... hihihi

et euh, la sérotonine koikecé ? j'imagine que c'est quelque chose comme l'hormone du mépris...

message à david : l'orthographe de zizule a toujours été des plus fantaisiste, bien que j'aie déjà vu mille fois pire... on finit par s'y faire, et d'ailleurs elle a fait beaucoup de progrès !

CZ a dit…

J'étais une fois de plus écroulé de rire... chapeau !
Et je sollicite l'autorisation de replacer le coup de la bouée canard sans la tete dans un exposé ultérieur.
Bises,
F.

Thomas a dit…

je vous pensais pas tous aussi fan de stargate :)

lilousse a dit…

ah mais attends, keske tu crois thomas ? on connaît nos classiques nous, même si ce ne sont que 2 épisodes... hum.

et sinon zizule, j'ai relu ce morceau d'anthologie (au passage je viens seulement de comprendre le titre) et je me permets de te suggérer de chercher des synonymes de l'adjectif "juteux", que tu as tout de même réussi à replacer 3 fois. non pas que le mot ne me plaise pas hein, mais la diversité colorera (encore plus) ton discours, qui n'en sera que plus... juteux ! heu heu heu

zizule a dit…

je ne m'étais jamais rendue compte que j'orthographiais si mal .
jamais réussi à comprendre ce qu'est un adverbe et un COI alors vous pensez bien !!

thomas tu as aimé la photo de la digue napoléonienne ?

CZ : c'est à toi, tu en fais ce que tu veux

un petit transporteur de serotonine est un anxieux, fragile ; un gros transporteur de sérotonine est quelqu'un qui aura plus de facilité à s'adapter aux aléas, plus sécure. Et paradoxalement : les singes dominants sont généralement des petits transporteurs

vg a dit…

aahhh - on voit que Cyrulnik est passé par là !

zizule a dit…

oui voilà : ce bouquin est à prescrire à tous ceux qui consultent et aussi à tous les autres (en prévention):

De Chaire et d'Âme, de Boris Cyrulnik

Anonyme a dit…

C'est La gReLuChe qui parle (non, Blogger ne me reconnaît décidément plus) :

Ma p'tite zizule, sur les conseils de ta soeur un peu dinde, je suis venue te lire et ça m'a tellement fait sourire que j'ai refilé le lien à mon cher et moyen tendre dont le papa est, comme il te l'a dit, mathématicien.

Mais ça devait être le jour de ses règles ou de sa sérotonine, et donc l'humour, nan, zéro. Il a plutôt trouvé que tu te moquais pas très gentiment de ces énergumènes (pourtant c'est ton frère... non mais qu'il est bête, hein, j'vous jure).

J'ai d'abord été vexée qu'il ne le prenne pas comme je l'aurais souhaité et franchement pas contente du tout quand le soir venu, il m'a dit qu'il t'avait laissé un commentaire (ce qu'il ne fait jamais, sauf pour casser du blogueur - j'ai ainsi perdu quelques lecteurs...).
J'ai donc lu, et je lui ai dit qu'il était super débile et méchant, mais que veux-tu, je l'aiiiime.

Enfin rassure-toi, je m'en occupe, Boris est un collègue, on va l'dresser l'gamin !

Et continue comme ça, moi, ça m'va très bien :)

zizule a dit…

aaahhh! yé comprench'!
bon ben si c'est sa manière d'être je devrais plus me trouver flattée de son intérêt!!

je ne bénirai jamais assez ma grande soeur : elle agrandit ma sphère d'influence à un rythme fou ces temps-ci !

début des relations diplomatiques entre la greluche et zizule : ça va péter sec !