mardi 27 février 2007

élite française - chapter ouane

PS : ceci n'est soutenable que devant des parisiens
PPS : votez pour que Perséphone accepte de devenir co-auteur de ce blog



LES ELITES FRANCAISES
par Perséphone

Chapitre I – Les élites du VIème


Notre blogueuse préférée me poursuit depuis des mois pour que je lui compose une monographie sur chacun des types d'élites françaises. Je ne vois pas trop à quel titre je pourrais écrire là-dessus; je n'ai pas mes entrées dans les salons dorés de l'intellect parisien, mais tout de même j'ai des yeux, et j'essaie d'en faire usage.

Aujourd'hui je vous parlerai des élites du VIème arrondissement. On tend trop souvent à considérer le Quartier Latin comme un ensemble monolithique où déambulent, sur les pavés trapus, des étudiants tout droit sortis de la Sorbonne du XIIIème siècle. Il y a une rupture fondamentale entre Vème et VIème arrondissements. Le Vème, j'aurai l'occasion d'y revenir, est peuplé de concierges, de chats et, à l'occasion, d'étudiants dont bien peu comprennent encore le latin. Le VIème abrite la bourgeoisie intellectuelle qui se refuse à peupler les faubourgs du Nord (la Chaussée-d'Antin, le Boulevard Haussmann) parce que ce sont

1/ d'anciens marécages
2/ le refuge de Japonais en perdition qu'il faut aiguiller vers les Galeries Lafayette à chaque instant.

J'écris intellectuelle et je me comprends. Il faut lire, éventuellement, attachée à la défense du service public. On trouve, dans cet étroit périmètre, une concentration extraordinaire de très hauts fonctionnaires, de diplomates, ou même d'universitaires, de ceux qui trouvent qu'une adresse dans le Vème pourrait les faire passer, au choix, pour des chats ou des concierges. Je ne suis pas convaincue que ces postes de pouvoir aient jamais conditionné chez leurs détenteurs un réflexe d'appropriation de la culture. Mais la proximité de librairies connues, d'annexes des universités et de tout un peuple d'étudiants dépenaillés conforte le bourgeois du VIème dans la certitude de sa supériorité morale sur le reste des Parisiens.

Je passais il y a quelques semaines sur le boulevard Raspail, pour rendre visite à une amie qui s'y est installée dans une chambrette au 8ème étage (1). J'arrivais de la Sorbonne où le public, Dieu merci, est assez hétérogène dans son langage, ses attitudes et ses vêtements. J'avais oublié que les régions post-Luxembourg abritaient des établissements scolaires – imaginez donc ma surprise à me heurter à un attroupement de jeunes, clopant frénétiquement à la sortie d'une bâtisse, et échangeant de ces bruyantes manifestations d'affection propres aux lycéens. Un peu épouvantée, j'ai traversé le trottoir et n'ai pas pu déchiffrer le nom du bahut en question; s'il avait été inscrit en lettres d'or je l'aurais tout de même aperçu, nous pouvons donc en déduire qu'il s'agit d'une boîte privée, éventuellement tenue par des religieux en soutane, quoique le poids des interdictions morales, comme dans tous les lycées du pays, s'arrête au seuil du bâtiment.

Deux tendances semblaient dominer le comportement de ces jeunes privilégiés; une vestimentaire, l'autre comportementale. Voyons d'abord la dernière.

Le jeune du VIème est expansif. C'est-à-dire qu'il s'imagine marquer l'Histoire à chaque mot qu'il éructe. La sortie de classe est l'occasion pour lui d'une surenchère dans l'expression de son prestige personnel – pour un jeune homme il est tout à fait convenable de saisir sa copine et de la jeter dans une poubelle (2), pour une jeune fille d'échanger mollement des chewing-gums bouche à bouche avec son copain sous le nez de sa prof de français (qui n'a pas fait 68). La lycéenne lambda fait sobrement la bise à ses camarades quand elle les rencontre le matin, la lycéenne du VIème accourt à elles en hurlant, mêle aux leurs sa chevelure opulente, piaille, désigne son mec (qui a peut-être, une fois n'est pas coutume, échoué dans la poubelle lui aussi), raconte son dernier rallye pleins de fils à papa bourrés de coke, puis condescend à entrer dans le hall. À Rome, dans les derniers temps de la République, les aristocrates se livraient une compétition féroce pour acquérir la popularité; pour cela ils tapaient sur les Celtes ou pillaient les sanctuaires de l'Attique. Les enfants du boulevard Raspail ont repris ces principes, et se livrent à eux-même, tous les matins vers huit heures moins le quart, un somptueux spectacle dont ils sont les protagonistes et l'auditoire exclusif.

Mais au moment où je fuis cette foule gigotante, c'est un autre détail qui arrête mon attention. J'ai fait part depuis lors de mes découvertes à d'autres personnes, qui m'ont trouvée à la masse et m'ont lancé que « ça, tout le monde le sait depuis 99 (3) ». Eh bien, est-ce-que vous le saviez qu'il était fashion de se promener en caleçon ultra-court et ultra-moulant, à rayures plutôt qu'à imprimés, comme dans les clips d'aérobic des années 80? Par-dessus on enfile une sorte de tunique, à manches courtes pour bien montrer qu'on a intégré les données du réchauffement climatique, et une ceinture très large sur la pointe des hanches, pour marquer la taille et s'attirer (j'extrapole) une réputation d'anorexique.

J'ai vu dans un Promod très bon marché de la rue Caumartin des pulls décolletés du type de ceux que portaient ces minettes, je suppose qu'il existe donc des officines qui vendent les mêmes produits (col en V jusqu'au milieu du ventre, taille informe, rayures) six fois le prix aux alentours de Saint-Sulpice. La fille du VIème, en effet, n'a qu'une obsession, c'est de paraître mince. Si elle prenait un kilo on pourrait l'accuser d'avoir passé sa soirée, non pas à socialiser avec ses semblables, mais à s'ennuyer devant sa télé avec un paquet de Pringles.

Je concluerai avec quelques remarques sur la formation historique de ce peuple du VIème. Lorsque l'enfant vient au monde dans les appartements du boulevard Raspail, il n'est pas plus pourvu qu'un autre des capacités, morales ou intellectuelles, pour diriger la France. Mais on le persuade vite du contraire. Arrivé à 18 ans, notre bambin se croit donc tenu d'intégrer Sciences-Po pour faire partager ses lumières au reste du pays. J'ai échoué un soir dans une soirée organisée par un d'entre eux. Passons sur la convivialité de l'événement – les parents dans la même pièce, commentant, le regard humide, les traits d'esprit et les réussites de cette génération qu'elle a formée. Sur trente convives, vingt issus des écoles les plus prestigieuses du quartier (4) . Tous (ou plutôt tous les garçons) veulent faire de la politique. Ils y travaillent depuis la maternelle. Celui qui boit son jus d'orange en face de moi a déjà les lunettes, le cheveu fin et rare, et surtout il enflamme le Trivial Pursuit: la pieuvre a trois coeurs, la femme de Robert Hue s'appelle Edith, la rotation de Neptune s'effectue dans le sens inverse des aiguilles d'une montre; c'est qu'il faut s'entraîner à mémoriser des âneries avant de passer aux dossiers un peu chauds de la réduction de la pollution des grands cargos et de la diminution des taux de l'ISF. Ma voisine (caustique) le baptise « plus jeune député de France ». Pourquoi pas?

On l'aura compris, les enfants du VIème ne sont pas mes amis. Ils m'ont appris une chose tout de même: le caleçon, c'est pratique pour la course, pratique pour gigoter, pratique pour s'extraire d'une benne à ordures.


1 Ce qui l'élimine de cette étude
2 Véridique
3 Le XXe siècle vient d'e^tre rejeté au rang des vieilleries
4 Je pense à Stanislas, mais il y en a d'autres; le lycée Montaigne tend parfois à oublier qu'il relève du domaine public.

8 commentaires:

vg a dit…

je vote pour Perséphone co-auteur - c'est réjouissant, comme d'habitude !

lilousse a dit…

moi aussi je vote Perséphone... c'est elle qui devrait être nommée plus jeune députée de France ! Et je ne dis pas ça pour la vexer !!

bises à toutes les deux

lilousse a dit…

cela dit, moi qui suis habituée à venir ici pour me détendre l'esprit, je vous suis au regret de vous dire qu'il ne faut pas lire ce genre de texte lorsqu'on sort (comme moi en ce moment) d'une soirée bien arrosée... trop difficile à suivre, cette langue si bien maîtrisée et ces propos imagés !

Dodinette a dit…

j'ai pas lu (trop long, l'appel du lit est trop fort à cette heure-ci) mais j'adore ton profil !

^_^

Dodinette a dit…

bon maintenant j'ai lu.

a- cf. constitution européenne.(1)

b- certaines assertions me laissent perplexe : "élite (...) attachée à la défense du service public", d'accord, mais comment se fait-il alors qu'elle en transforme les vecteurs en simili-boîtes privées ? (et je sais de quoi je parle merci)
et : pourquoi donc l'amie du 8e étage ne fait pas l'objet de l'étude de moeurs, y a-t-il une restriction spatiale 3D des élites ? (si oui argumentez...)

Dodinette a dit…

(1) je vote pour

zizule a dit…

métbaîtouqwoâ ?!
nous nous penchons ici sur le cas du VIe arr.
j'en conclue donc que bvd Raspail n'est pas dans le VIe...

bientôt suivra une étude axée sur le Ve.

Dodinette a dit…

ah mais oui mais alors si le bvd raspail n'est pas dans le VIe, d'où cette étude tire-t-elle sa légitimité attendu que le groupe (si je ne m'abuse) se trouve *sur le bvd raspail* ???